En tant que directeur artistique international de la marque Davines, Tom Connell est connu pour sa vision claire, son audace et son approche intuitive. Lors de l’événement Davines organisé au Buitenplaats Kameryck le dimanche 9 novembre, je lui ai parlé de son processus créatif, de sa quête d’authenticité et de sa conviction qu’une coiffure est toujours indissociable de la personne qui la porte.
Texte et photographie Esther Bode-Scholte
À la recherche de sens
Lors de l’événement Davines, Tom Connell a montré son talent lors d’une session live sur scène. Il est rapidement apparu que Tom ne se contente pas d’« aborder » une coiffure, mais qu’il recherche un sens. « Je ne veux pas créer une coiffure qui se suffit à elle-même. Je veux créer une coiffure qui reflète la personnalité de quelqu’un », a-t-il déclaré. Cette idée est le fil conducteur de tout ce qu’il fait. Tom a expliqué qu’il était selon lui trop facile de se concentrer uniquement sur la technique. « Dans notre secteur, nous avons un peu tendance à tout vouloir perfectionner. Mais la perfection rend les choses monotones. Parfois, l’énergie, la brutalité, l’authenticité me manquent. C’est pourquoi je veux revenir à cette impression qu’un look raconte quelque chose, quelque chose que l’on ne peut pas définir parfaitement. » Son charisme sur scène a motivé et inspiré les visiteurs présents.

Raconter une histoire
Tom a souligné qu’il ne se laisse jamais guider par une forme préétablie. « Je préfère travailler à partir de la personne qui se trouve devant moi. La première image que je me fais de quelqu’un dans ma tête n’est jamais une image technique. C’est une sensation : comment cette personne bouge-t-elle, que dégage-t-elle, que peut-on renforcer ? » Il a décrit à quel point il est important de prendre au sérieux cette première image intuitive, car c’est seulement ainsi, selon lui, que l’on voit la vérité. Désireux d’interpréter les histoires à sa manière, Tom photographie lui-même ses modèles depuis 2013. Avec un style photographique original, il capture les coiffures dans une esthétique minimaliste qui met également en valeur les détails et la personnalité des personnes. Il tient à conserver cette interprétation personnelle : « Je recherche toujours l’histoire derrière une personne. Je n’essaie pas de l’inventer, j’essaie de la voir. Et je la capture ensuite dans la coiffure. »
Lâcher prise
Au cours de sa démonstration, Tom a beaucoup travaillé avec le rasoir. Pour de nombreux coiffeurs, c’est un instrument audacieux, mais pour lui, c’est un élément essentiel de sa signature. « Un bon rasoir apporte de l’air, du mouvement et de la douceur aux cheveux. Et cela peut également s’appliquer à ce dont nous avons besoin aujourd’hui, dans ce monde. Nous avons trop cherché à tout contrôler. Il est temps de lâcher prise. » Il a montré comment il évite délibérément les lignes trop nettes : « Il faut laisser vivre. Les cheveux ne sont vraiment beaux que lorsqu’on ne les travaille pas trop. »
Sa propre méthode
« Il faut apprendre les règles avant de les enfreindre », affirme Tom avec conviction. Il estime qu’il faut d’abord bien maîtriser les bases. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut développer son propre style, selon lui. Il est convaincu que de nombreux coiffeurs pensent que la formation consiste à apprendre une seule technique ou une seule façon de couper les cheveux. « Mais ce n’est pas le but. Notre rôle est d’inspirer les gens à trouver leur propre voie. Pas de reproduire mon travail, cela ne sert à rien. L’important, c’est de comprendre pourquoi on fait quelque chose. » Il explique que c’est souvent cela qui est le plus difficile : « Tout le monde peut suivre une technique de coupe ou de coloration. Mais il faut comprendre ce que cela apporte à la personne assise dans votre fauteuil. » Il conseille donc toujours aux coiffeurs d’aller au-delà de l’aspect purement esthétique. La force d’un bon coiffeur réside dans sa capacité à découvrir la personnalité d’une personne et à déterminer ses centres d’intérêt. « Les clients ne paient alors pas pour vos mains, mais pour votre créativité. »

Inspiration
Quand je lui demande où il trouve son inspiration, il répond que les meilleures idées lui viennent de tout ce qui se passe autour de lui. Cela peut être une couleur qui lui plaît, une texture, un morceau de musique, un extrait de film, mais aussi des images de rue, la mode d’autres époques et les personnes qu’il rencontre. À partir de ses notes (il a toujours un bloc-notes sur lui), il essaie de trouver comment tout cela s’articule et, à partir de là, une idée émerge. Il y a des années, il a découvert qu’il ne fallait pas se concentrer sur le résultat, mais plutôt sur le processus. « Je ne veux pas développer quelque chose uniquement pour ce spectacle ou ce client, mais je veux que mes idées naissent de l’art. »
Durabilité
Davines est connu pour sa vision durable. Tom ressent également cette responsabilité dans son propre travail : « Nous ne pouvons pas prétendre que la beauté n’a aucun impact. Nous devons prendre davantage conscience, à tous les niveaux. » Pour lui, la durabilité ne signifie pas seulement produire différemment, mais aussi créer différemment. « Nous ne devons pas toujours penser en termes de plus, plus, plus. Parfois, un petit changement suffit. Il n’est pas nécessaire de forcer une transformation chez chaque client. C’est aussi ça, la durabilité. »
Conseil
Que ce soit clair. Tom Connell incarne l’originalité et l’audace de faire les choses autrement que ce qui « se fait ». Il voit beaucoup de talent dans le monde de la coiffure néerlandais, mais aussi de la prudence. « Si vous ne regardez que les cheveux de quelqu’un, vous obtenez des coiffeurs qui copient d’autres coiffeurs. Mon invitation est la suivante : osez jouer et faire des erreurs. C’est seulement ainsi que vous arriverez à quelque chose qui vous appartient vraiment. » Et pour finir, en clin d’œil à son propre parcours de salon en salon : « La plus belle chose que je puisse faire, c’est d’inspirer les gens à ne pas faire ce que je fais, mais à faire ce qu’ils ressentent. »

Tom Connell


